Phnom Penh, pourquoi vous ne pouvez pas passer à côté de la capitale du Cambodge

Phnom Penh, pourquoi vous ne pouvez pas passer à côté de la capitale du Cambodge

Après les Temples d’Angkor et notre petite virée à Battambang, nous arrivons en fin de journée à Phnom Penh. Nous avions lu des commentaires très mitigés sur la capitale cambodgienne et appréhendions d’être déçus. Et à peine arrivés, c’est la grosse claque… On se croirait sur le périphérique parisien un vendredi soir avec en prime des klaxons dans tous les sens ! Mais en marchant près d’une heure pour rejoindre notre auberge, nous nous imprégnons de l’énergie de la ville et nous sentons rapidement que nous allons nous plaire ici. Et voici pourquoi toute visite du Cambodge devrait comprendre une halte à la capitale.

Les bonnes vibes de Phnom Penh

La seule activité que nous souhaitions faire à Phnom Penh était le musée Tuol Seng qui retrace les horreurs perpétrés par le régime Khmer Rouge au sein de cette ancienne prison. Tout le reste ne serait que du bonus. Avant de nous attaquer à cette partie sombre de l’histoire cambodgienne, à l’ambiance plutôt pesante, nous optons pour un peu plus de légèreté pour notre première journée en nous perdant dans la ville histoire d’aller à la rencontre de ses habitants et des richesses qu’elle recèle. Nous arpentons les rues de Phnom Penh qui regorgent de 4 x 4, de scooters et des chariots de street food. Bien que la rue ne soit pas du tout adaptée pour les piétons, nous aimons à flâner (un peu dangereusement) devant les magasins, restaurants, librairies, etc.

Le buzz de la ville est revigorant et nous apprécions de plus en plus l’énergie des locaux et de la ville. Seul bémol, les sollicitations permanentes des chauffeurs de tuk-tuk. Après 50 « Hello sir, tuk-tuk  ? », difficile de continuer à dire non en souriant mais nous tenons bon. Au fil des kilomètres (et à force de refuser les tuk-tuk, on les a enchaînés !) deux évidences se dégagent : 1/ Phnom Penh est vraiment une très grande ville, dont on ne fait pas le tour comme on ferait une petite ballade digestive. 2/ la ville regorge de marchés où les étals de fruits cohabitent avec les contrefaçons Louis Vuitton, Nike ou Adidas aux prix imbattables. Voici trois d’entre eux qui nous ont particulièrement plus.

Le marché russe, da !

Le marché russe est situé non loin du Musée Tuol Sleng, et peut permettre de se changer les idées après une visite de ce dernier. Le nom du marché provient du fait que dans les années 80 (les meilleures années soit dit en passant !), les russes expatriés à Phnom Pen venaient faire leurs emplettes ici. Avec sa multitude d’étales, le marché nous a réjouit de ses couleurs, senteurs (sauf quand on passe à côté d’un durian) et saveurs. Nous y mangerons d’ailleurs un de nos meilleurs repas au Cambodge, à un prix dérisoire.

Marché russe à Phnom Penh
Marché russe à Phnom Penh

Le marché central ou Phsar Thmey

Le marché central de Phnom Penh était autrefois un des plus grands marchés d’Asie. Ici, on trouve un peu de tout : vêtements, chaussures, bijoux, nourriture… Et surtout on peut admirer l’architecture art-déco des années 30. Le dôme du marché est aussi impressionnant puisqu’il fait 26 mètres de haut.

Le marché de nuit

Situé près du fleuve et dans un quartier plutôt chic, le marché du nuit propose surtout des souvenirs et vêtements. Entourés de restaurants aux prix gonflés, il constitue néanmoins une belle promenade nocturne.

Phnom Pen pour se plonger dans l’histoire du pays

Le Palais Royal et la Pagode d’argent… que nous verrons de l’extérieur

Palais royal à Phnom Penh
Palais royal, très joli depuis l’extérieur de l’enceinte

Le Palais Royal est la résidence des Rois du Cambodge depuis 1860. Faire une visite guidée permettrait de découvrir l’histoire et les anecdotes du lieu. La Pagode d’argent qui se trouve à côté est apparemment magnifique avec ses 9.000 dalles d’argent pur. Sauf que… arrivés devant le complexe, nous nous rendons compte que c’est tenue correcte exigée. Pas de short ni d’épaules découvertes pour les femmes comme pour les hommes… Aïe ! Bon, ben ce sera pour une prochaine fois. En même temps après tous les kilomètres déjà avalés, nous n’étions pas mécontents de rentrer pour siroter quelques fruit shakes et bières au bord de la piscine de l’hôtel.

Le musée Tuol Sleng ou prison S21

Après avoir lu  » D’abord, ils ont tué mon père : une fille du Cambodge se souvient « , vu l’adaptation cinématographique d’Angelina Jolie (que je déconseille vraiment au passage, contrairement au bouquin) et regardé avec Antoine plusieurs reportages sur les Khmers rouges et Pol Pot (le monsieur super sympa derrière ce régime), autant dire que nous étions d’attaque pour en apprendre davantage sur l’histoire récente du pays au moment de visiter le musée Tuol Sleng.

Anciennes cellules à la prison S21 de Phnom Penh
Anciennes cellules de la prison S21 au musée Tuol Seng

Le musée Tuol Sleng, aussi appelé la prison S21, semble être le meilleur endroit pour s’informer sur le sujet. Le plus éprouvant aussi. Cette prison, qui était à l’origine le lycée Tuol Seng dont le musée tire son nom, était l’une des nombreuses prisons du pays à l’époque du régime des Khmers rouges. Où les supplices des prisonniers ont remplacé rapidement les rires innocents des lycéens.

Au cours des presque quatre années passés au pouvoir, les Khmers rouges y ont enfermé tout opposant supposé au régime pour les faire passer aux aveux, le plus souvent sous la torture. Une fois les aveux souhaités par les geôliers obtenus, les prisonniers étaient envoyés dans des Killing Fields (champs d’exécution) situés un peu à l’écart de la ville pour y être éliminés.

Dans leur folie, les Khmers rouges voyaient en toute personne non prolétaire (c’est-à-dire essentiellement non paysanne à cette époque : instituteurs, fonctionnaires, artistes, intellectuels… non-membres du parti) un opposant à la nouvelle société qu’ils souhaitaient mettre en place, et qu’il fallait donc supprimer. Une fois arrêté, le sort de la personne était alors inévitable puisque le parti considérait qu’il ne se trompait jamais. S’il jugeait une personne suspecte, c’est qu’elle était forcément coupable. Et comme la mauvaise herbe ne disparaît vraiment qu’en prenant la peine d’arracher ses racines, cela impliquait également les familles des personnes concernées, enfants compris. Ainsi sur les 8 millions de personnes que comptaient la population cambodgienne à cette époque, près d’1/4 a été décimée au cours du régime des Khmers rouges, soit presque 2 millions de personnes.

A la prison S21, on estime à 14.000 le nombre de détenus passés entre ses murs durant les 3 ans et 8 mois du régime, dont hommes, femmes, enfants mais aussi étrangers qui se trouvaient au Cambodge à cette mauvaise période. A la chute des Khmers rouges, en 1975, seules sept personnes étaient encore vivantes dans la prison.

Cellule de torture à la prison S21 de Phnom Penh
Cellule de torture à la prison S21

Le musée est prenant et vraiment très bien fait. Les explications, le cadre historique et l’humilité face à cette tragédie humaine font de la visite un moment très émouvant. La cour intérieure, apaisante et calme, donne un côté agréable au cadre malgré ce qui se cache derrière les murs de la prison. Nous avons hésité entre prendre un guide pendant 1 heure pour $10 ou prendre les audio-guides pour $3. Au final, les guides étaient tous pris. Nous nous sommes contentés des audio-guides. Sans regret car ces derniers sont très complets et bien fichus, et nous avons pu avancer à notre rythme. En prime, les histoires sont racontées sans essayer de rentrer constamment dans l’émotionnel (les images et pièces suffisent à cela). Au final, nous resterons 3h30 à découvrir les dessous de cette prison et à mieux comprendre cette sombre page de l’histoire cambodgienne, et en ressortant quand même un peu secoués…

Cour intérieure prison S21
Cour intérieure prison S21 

Parenthèse historique : le régime des Khmers rouges

L’histoire est assez complexe, on ne vous en voudra pas de faire l’impasse sur cette section. Mais pour ceux qui veulent se coucher moins bête ce soir ou se rafraîchir la mémoire, voici un bref récap’.

L’avènement des Khmers rouges

En 1863, le Cambodge devient un protectorat français et le pays fait partie de l’Indochine avec le Laos et le Vietnam. C’est en 1953 que l’indépendantiste Sihanouk parvient à négocier avec les Français l’indépendance du Cambodge et instaure la monarchie. Les représentants du Parti Communiste, à savoir les Khmers rouges, prennent alors le maquis à partir de 1963. Dans un contexte de guerre entre le Vietnam Nord (Viet-Cong soutenus par la Chine) et le Vietnam Sud (soutenu par les USA), Sihanouk s’allie d’abord avec les Chinois puis retourne sa veste pour s’allier aux Américains. Victime de son instabilité, Sihanouk est déchu en 1970 par l’Assemblée et remplacé par Lon Nol. Lon Nol, qui est soutenu par les Américains et les Viets-Sud, instaure alors la République Khmère. Parallèlement, Sihanouk s’allient avec ses anciens ennemis les Khmers rouges qui forment à présent une vraie guérilla de paysans. En 1975, le pays est alors en guerre civile : la situation économique s’aggrave sous Lon Nol, le pays est bombardé par les Américains qui cherchent à affaiblir les Viet-Cong qui avaient installés des bases de communications au Cambodge et les Khmers rouges prennent de l’ampleur et s’emparent du pays.

L’arrivée des Khmers rouges à Phnom Penh

C’est en avril 1975 que les Khmers rouges arrivent à Phnom Penh et évacuent la ville. D’autres villes suivront. Leur idée : revenir à la terre et bannir tout ce qui rime avec Occident et capitalisme, de même que tout ce qui n’a pas attrait à la terre. Donc à partir de maintenant, plus d’écoles, plus de docteurs, plus de personnel administratif, plus de commerçants, plus de droit à la propriété, etc. Tout le peuple cambodgien est invité à se débarrasser de ses effets personnels et à travailler la terre même si la plupart ignore comment on fait… D’où des récoltes assez désastreuses. Le Cambodge devient un gigantesque camp de travail.

Règlement intérieur à la Prison S21

Le régime terrible et la chute des Khmers rouges

Pendant ces 4 années de régime, les Cambodgiens travaillent dur, meurent de faim, et ceux qui ont un passé un peu trop éloigné de la culture de la terre disparaissent. Ceux qui ont une tête d’intello aussi… Tu portes des lunettes ? T’es mort. Tu as volé un grain riz ? Viens que je te corrige… Derrière cette belle idéologie, un équipe dirigeante a la tête du parti et son leader Pol Pot qui, en moins de 4 ans, décimera 1/4 de la population du pays. Il s’agit d’un des 4 génocides qui marqueront du sceau de la honte le 20ème siècle pour l’espèce humaine. Heureusement, les Vietnamiens libèrent le pays de Pol Pot en janvier 1979 suite à la guerre déclarée entre les Khmers rouges et le Vietnam en décembre 1978. Les Khmers rouges avaient des vues sur le Vietnam du Sud (berceau des Khmers) et avaient lancé une attaque en 1977.

Fait ahurissant : la communauté internationale pensait que tout allait bien sous le régime des Khmers rouges et n’a pris conscience des massacres perpétrés que bien des années plus tard… Une délégation suédoise qui était venue visiter le pays avait trouvé le modèle très intéressant, dans le respect et l’intérêt du peuple cambodgien. Pol Pot avait organisé une visite couverte de paillettes évidemment. La délégation suédoise s’est faite l’avocat du diable à son retour en Europe, en remettant en cause les témoignages de réfugiés cambodgiens qui dénonçaient les dérives du régime.  

Le souvenir et les dégâts du régime des Khmers rouges sont encore très présents chez les Cambodgiens. Beaucoup ont perdu plusieurs membres de leur famille ou ont subi l’horreur de ce régime finalement assez récent. Le pays est toujours en reconstruction et, par un travail de mémoire sur les jeunes générations, essaie de comprendre comment de tels évènements ont pu s’enchaîner afin d’éviter qu’ils se reproduisent de nouveau.

Conclusion

Bref, au final notre escapade à Phnom Penh se sera révélée très intéressante. Après plusieurs semaines à barrouder dans les campagnes laotiennes et cambodgiennes, c’était bon de retrouver l’énergie d’une grande capitale – peut-être que Paris nous manque un peu en fait 😉 Malgré l’ambiance pesante de son histoire récente, Phnom Penh est une ville jeune qui vit et nous a emporté dans son tourbillon. Cela tombe bien, dans le même style, notre prochaine destination est Ho Chi Minh City, la mythique Saigon !

Bonne visite !


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2 Replies to “Phnom Penh, pourquoi vous ne pouvez pas passer à côté de la capitale du Cambodge”

    1. Il faudra que tu nous raconte ta visite, la prison nous a beaucoup marqués et les événements qui s’y sont déroulés paraissent invraisemblables tellement c’était inhumain. Jenny

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